Covéa Finance et moi-même vous présentons nos meilleurs vœux à l’occasion de cette nouvelle année 2010.
Que nous faut-il espérer des marchés financiers ?
Une année difficile, tout au moins jusqu’au printemps. Les marchés financiers manquent de visibilité et c’est en aveugle que les bourses occidentales progressent ces dernières semaines soutenues par des taux d’intérêt maintenus artificiellement bas par des politiques monétaires plus qu’accommodantes. Les liquidités en quête de placement restent abondantes. Mais si l’obsession des investisseurs et des épargnants était encore dans les premiers mois de l’année 2009 la préservation du capital plutôt que sa rémunération, elle ne l’est plus aujourd’hui. Elle a du céder sa place à celle du rendement. La quête fébrile du rendement est parfaitement visible et se traduit par un retour de l’appétit pour le risque. Les taux d’intérêt absolus à long terme restent faibles malgré la montée brutale et inquiétante de l’endettement de tous les États. Les primes de risques sur dette privée se réduisent significativement. Les financiers sanctionnent certes de petits pays comme la Grèce en exigeant une rémunération supérieure à celle des autres États constitutifs de la zone euro. Mais ils restent indifférents à la signification d’un évènement comme celui de la restructuration in extrémis de la dette de Dubaï, tout comme ils le sont à l’égard des risques que fait peser l’immobilier commercial sur le système bancaire dans de nombreux pays et dans le premier d’entre eux, les États-Unis. Les financiers ne craignent plus le risque systémique. Soutenues par les « béquilles » de la dette publique et de la politique monétaire dite non conventionnelle, les banques ne sont plus perçues comme une menace.
Faut-il y voir un excès de réussite des gouvernements, des autorités monétaires et financières? Une réussite telle que l’aversion au risque n’est pratiquement plus acceptable, telle que ce qui menace les sociétés de gestion comme Covéa Finance, serait un excès de conservatisme?
Pourtant l’environnement économique des entreprises reste très incertain, et brident ces dernières, plus soucieuses de préserver leurs ressources financières propres que d’investir dans le futur et donc de créer des emplois. Leur stratégie reste toujours orientée « économies de coûts ». Elles sont aujourd’hui plus promptes à délocaliser leur production qu’à embaucher dans les pays considérés comme des marchés matures.
L’enchaînement des « effets richesse » du cycle économique précédent généré et soutenu à la fois par le mouvement de délocalisations des entreprises des pays développés et l’appétit de consommation des ménages de ces pays et en particulier aux États-Unis, ne s’est pas reproduit ; stabilité voire baisse de la valeur du patrimoine, baisse des revenus, risques sur l’emploi, conditions d’accès au crédit plus restrictives, autant d’éléments qui brident la consommation américaine.
Mais il n’est désormais plus de bon ton d’affirmer que l’économie mondiale ne peut redémarrer sans la locomotive américaine. Une analyse, certes caricaturale, semble se dessiner qui peut se résumer en deux points :
Certes le profil de la mondialisation continue de se modifier. Un certain nombre de pays émergents participent davantage à l’échange international.
Personne n’ira nier que la faiblesse des coûts du travail et le stockage des réserves de change ne font pas de la Chine un acteur majeur de la nouvelle donne internationale.
En ce début d’année 2010, la reprise économique est déjà là dans les pays émergents et plus particulièrement en Asie ; les économies émergentes tireront l’économie mondiale, des anticipations qui viennent se cristalliser sur les marchés de matières premières ; A plus de 80 dollars le baril, le pétrole se vend au même prix qu’en 2007 et même au début de l’année 2008, avant son ultime ascension dans les quelques semaines qui ont précédé le point de retournement du cycle économique. Pourtant le rythme de croissance de l’économie mondiale est très loin de celui qui prévalait. Les pays émergent auraient-ils la même capacité de tirer le reste du monde comme l’avait les États-Unis ? Le redémarrage de l’économie américaine est loin d’être acquis. Avec un taux de chômage record et un système bancaire insuffisamment assaini sur fond de crise de l’immobilier non résidentiel, les États-Unis restent fragiles. Les pays émergents s’inquiètent de l’afflux de capitaux dont ils craignent les effets déstabilisants sur leurs économies via la balance des paiements et le prix des actifs.
Ignorant l’alerte sur Dubaï, les financiers ont retrouvé le goût du risque. Ont-ils conservé en mémoire l’enseignement récent de la faillite de Lehman Brothers ?
Lorsque l’on voit la rémunération qu’ils sont prêts à accepter pour le risque pris, on peut en douter. Aussi, restons-nous à Covéa Finance fermes sur nos principes : calculer le risque pris, en exiger la rémunération, savoir renoncer à investir si l’espérance de rendement n’est pas à la hauteur du risque pris.
Nous estimons que les taux d’intérêt vont rester contenus pour cause de liquidités abondantes. Nous estimons que les marchés actions sont également soutenus par les liquidités et la faiblesse de rendement des autres classes d’actifs. Mais les bonnes raisons pour investir en actions font défaut aujourd’hui. Néanmoins, nous privilégions cette classe d’actifs au détriment des autres afin de profiter de la tendance du moment qui leur reste favorable par « effet mécanique » des flux avec l’idée de surveiller la force du mouvement et de préparer la sortie des marchés boursiers dès les premiers signes d’affaiblissement de la vitesse de croissance des cours.