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mai 2016

Après la spectaculaire chute des marchés financiers qui s'est enclenchée dès le début de l'année, les marchés financiers ont connu un redressement salvateur, contrecarrant l'analyse optimiste de bien des commentateurs. Le 11 février dernier, le CAC 40 est allé chercher un point bas en dessous de 4000 points. Dans le même temps la bourse américaine clôturait à moins de 1830 points pour le S&P 500 alors que le prix du pétrole américain, le WTI, touchait également un point bas à près de 26 dollars le baril. 
Depuis, pétrole et marchés financiers ont retrouvé le chemin de la hausse, une hausse particulièrement importante pour le pétrole. Peut-on en déduire que ce dernier est devenu un facteur déterminant qui décide de la valorisation ou de la dépréciation des actions des pays développés ? 

La hausse du prix du pétrole au-dessus de 40 dollars le baril, nouveau repère des intervenants de marché, signifie une réduction de la pression sur le secteur pétrolier américain et donc sur la croissance américaine, réduisant ainsi la pression sur les émergents producteurs de l'or noir, et par ricochet celle sur la croissance économique mondiale par le retour d'un transfert de richesse positif en faveur des pays émergents. 

Les banques centrales, et particulièrement la BCE, continuent contre vents et marées à vouloir influencer sur le cours des marchés financiers, quelle que soit la nature de la classe d'actifs sous-jacente. 
Alors qu’elles agissent sous couvert de lutte contre la faiblesse de l’inflation, la question de l’efficacité de leurs actions sur l’économie mondiale et les marchés financiers se pose.
Soutenant la valorisation des actifs, elles sont accusées de favoriser les inégalités de richesses, d'entretenir et de laisser grossir des bulles financières, de favoriser le goût des gouvernements pour la dette plutôt que pour les réformes considérées comme nécessaires, d'agir enfin de manière contradictoire en cherchant à favoriser la prise de risque tout en étant un des acteurs majeurs de la régulation qui entrave la prise de risque économique.

Peuvent-elles être également soupçonnées de miner la confiance dans la détention de monnaie ?
Nous sommes nombreux à nous poser ces questions actuellement car il faut admettre que la BCE, par sa hardiesse, est en train de battre son maître, la FED, qui a été la première banque centrale à user d'instruments non conventionnels de politique monétaire pour lutter contre les effets dévastateurs de la faillite de Lehman Brothers : taux négatifs plus "élevés", TLTRO, achats de dettes publiques, parapubliques, privées sécurisées, rachats de dettes privées émises par des entreprises disposant d'une note minimum de BBB donnée par seulement une des quatre agences annoncées dont l'une inconnue jusqu'alors par la plupart des investisseurs européens. Dans sa dernière série de mesures qui entrera en vigueur en juin prochain, la BCE s'autorisera le rachat de dettes dont les risques sont considérés comme élevés par trois agences si la quatrième a donné une note relevant de la catégorie "investment grade".alors que le régulateur impose aux institutions sous son contrôle et intervenant sur les marchés financiers des règles de prudence plus restrictives.

Les banques centrales, BCE en tête, ont-elles favorisé la hausse des cours du pétrole ? Très probablement de façon indirecte car vouloir favoriser le risque, c'est aussi organiser la peur des investisseurs devant la détention de liquidités et plus précisément de monnaie qui, numéraire ou scripturale, repose sur la confiance. Cette défiance conduit à la préférence pour la détention d'actifs réels. La progression de l'or et de l'argent nous conforte dans l'intérêt d'explorer cette piste de réflexion dans notre effort de décryptage des tendances observées. 

Dans un monde plus difficilement lisible en raison de la complexité générée par l'interpénétration des économies mais aussi des nouveaux paradigmes de politique économique, il est compliqué de privilégier un facteur plutôt qu'un autre dans la prise de décisions d'investissement. Mieux vaut allier lucidité et humilité ! La croyance en une reprise de la croissance mondiale, grâce à une bonne communication des dirigeants politiques ou de la banque centrale américaine, a pu aussi servir de catalyseur à la remontée des prix des marchés actions comme du prix du pétrole. 

Ainsi, s'interroger sur la notion de monnaie et sa représentation dans le contexte actuel est une nécessité pour les investisseurs que nous sommes. Nous agissons pour le compte d'institutions qui ont des obligations de couverture de leurs engagements futurs par des actifs. La capacité à faire face aux engagements contractés dépend de la valeur future de ces actifs et donc de leur prix d’acquisition et de leur espérance de rendement.

Nous percevons le retour d’une certaine fébrilité sur les marchés malgré la résistance du prix du pétrole tandis que les mesures de la BCE, de plus en plus exceptionnelles, ont une efficacité décroissante si l'on en juge par la hausse limitée des indices suite à l'annonce de ses nouvelles dispositions de politique monétaire.

 

Ghislaine Bailly - Présidente

 

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