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La performance des indices chinois

Depuis le début de l’année 2018, le marché de Shanghai se replie de 13,9% en yuans et d’environ 16% en dollars américains. A contrario, l’indice MSCI Chine ne se replie « que » de 2,2% en dollars. Comment expliquer une telle différence de performance ? Et quelles thématiques tirent Shanghai à la baisse ?

 

Rappel de la différence entre les 2 indices

Shanghai Composite : indice phare des actions A cotées à Shanghai. Ce sont les actions d’entreprises chinoises détenues très majoritairement par les investisseurs locaux, et ce malgré la connexion récente entre Hong Kong et Shanghai

MSCI Chine : indice composé des principales actions H cotées à Hong Kong ainsi que des titres chinois cotés à New York (comme Alibaba). Les actions de cet indice sont très majoritairement détenues par des investisseurs étrangers.

 

Arrêt sur image sur le différentiel de performance

La première raison de la surperformance du MSCI Chine est l’importance des valeurs internet dans cet indice, ces dernières n’étant pas dans le Shanghai Composite. À titre d’exemple, Alibaba (14% de l’indice) progresse de 8% depuis le début de l’année, et Tencent (17%) est stable.

La deuxième raison tient aux entreprises qui ont à la fois des actions A dans le Shanghai Composite et des actions H dans le MSCI Chine. C’est notamment le cas des grandes banques chinoises (ICBC, Bank of China, etc.) et des pétrolières (PetroChina, Sinopec). On constate une forte divergence de performance entre les actions A et les actions H de ces sociétés en faveur des H. Cet écart de performance n’est toutefois pas illogique dans la mesure où les actions A se traitent historiquement avec une prime par rapport aux H, prime qui ne devrait pas exister si les deux marchés étaient parfaitement arbitrés.

 

Eléments de baisse plus spécifiques à Shanghai

On aurait pu s’attendre à ce que Shanghai soit impacté par les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis. Cela n’a rien d’évident dans les faits, dans la mesure où 500 des plus fortes baisses de l’indice (sur 1500 valeurs) sont des entreprises au profil domestique.

En allant plus loin dans l’analyse, on peut faire plusieurs observations :

  • La plupart des sociétés affichant les plus fortes baisses sont des petites capitalisations (moins de 50M$ de capitalisation boursière)
  • Environ 45% de ces sociétés en baisse ont une charge d’endettement élevée (critère : ratio dette nette sur EBE supérieur à 2), ce qui traduit les nombreuses inquiétudes autour des problèmes de financement en Chine
  • Environ 52% des sociétés proviennent de secteurs présentant des surcapacités productives et ayant moins facilement accès au financement depuis un an (métaux et mines, biens d’équipement)
  • Environ 18% des sociétés proviennent de secteurs subissant une perturbation du modèle du fait notamment des évolutions technologiques (distribution, média).

 

Point sur la devise

Depuis le début de l’année, le yuan s’est déprécié de 2.4% contre le dollar américain. Cette baisse est toutefois récente, la devise chinoise s’étant même appréciée jusqu’à la fin du mois d’avril, dans le sillage du mouvement de hausse de 2017 (plus de 6% de hausse contre dollar en 2017). Depuis fin avril, le yuan abandonne 5.3% contre l’USD. A noter qu’une partie de cette baisse s’explique par la hausse du dollar, la baisse du yuan contre euro étant de 1.5% sur la même période.

Face à cette baisse de la devise, dans un contexte de tensions commerciales avec les Etats-Unis, la Banque centrale chinoise s’est pour la première fois exprimé le 3 juillet 2018 sur le sujet, en rappelant que la Chine avait comme objectif  de « maintenir la stabilité du taux de change et à un niveau raisonnable et équilibré ». Ces déclarations ont pour le moment permis à la devise d’enrayer son mouvement baissier, qui atteignait sept séances.

 

Conclusion

En résumé, à court terme, les marchés et la devise chinoises devraient rester sous pression, avec la mise en place officielle des tarifs douaniers américains ce vendredi (sur 34 Md$ de biens chinois, avec 16Md$ qui pourraient suivre). Il faudra surtout surveiller la réponse de la Chine.

Si on compare la situation actuelle à celle de 2015, où avait eu lieu la forte correction du marché chinois, on constate :

  • Un contexte de ralentissement économique en Chine, mais avec une situation économique mondiale actuelle meilleure
  • En 2014-2015, ce sont surtout les particuliers qui avaient fait monter le marché, via des achats avec effet de levier. Le Shanghai Composite avait alors pris 150% entre juin 2014 et mai 2015, avant que le gouvernement n’intervienne pour ralentir ces achats spéculatifs, en limitant le recours des particuliers aux opérations sur marge. Les particuliers se sont donc rapidement désengagés, entrainant le début de la très forte baisse du marché
  • La 2e jambe de baisse est intervenue au mois d’août 2015, avec la dévaluation du yuan. Les propos de la Banque centrale sur  la stabilité de la devise ont plutôt rassuré le marché car ils semblent indiquer que la Chine ne souhaite pas pour le moment utiliser le yuan dans une éventuelle guerre commerciale avec les Etats-Unis.

 

Sources : MSCI pour la composition de l’indice MSCI Chine

Kévin Net
Responsable Gestion Actions Asie
Achevé de rédiger le 06/07/2018

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